
Pour connaître les réalisateurs de ces films
et avoir d'autres renseignements je vous renvoie au site intéressant de
France 2.
Chaque épisode sera découpé en plusieurs parties, ce qui va me permettre d'ajouter le texte du documentaire en dessous. Je vous proposerai aussi la version en anglais.
. 1er épisode :
L'AGRESSION (1933 - 1939) - THE AGRESSION
. 2ème épisode
: L'ÉCRASEMENT (1939 - 1940) - THE CRUSHING DEFEAT
. 3ème épisode : LE
CHOC (1940 - 1941) - THE SHOCK
. 4ème épisode : L'EMBRASEMENT (1941 - 1942) - THE WORLD
ABLAZE
. 5ème épisode :
L'ÉTAU (1942 - 1943) - THE
NOOSE
. 6ème épisode :
L'ENFER (1944 - 1945)
- INFERNO
Pour visionner cet épisode mais en anglais
- The
shock - part 1
- The shock - part 2
- The
shock - part 3
- The shock - part
4
- The shock - part
5
LE CHOC
(1940 - 1941)
Début de la 1ère vidéo en anglais 1/5
Après avoir vaincu la France, les allemands ont fait de Paris la ville de détente de leurs soldats. Avec les permissionnaires, le lieutenant August von Kageneck, 19 ans. Son unité n'avait pas
participé à la campagne de France. Il découvre la capitale. Il écrit : "On nous donne des consignes très strictes - tenue impeccable, pas de contact avec la population-. Nous inventons le
tourisme de masse.
Les français ne les regardent pas. Certains résistent déjà comme ces deux saboteurs de lignes téléphoniques. Les premiers fusillés par les allemands.
Le nouvel état français, autoritaire, avec à sa tête le maréchal Pétain s'engage dans la collaboration avec l'Allemagne.
Pétain a promulgué un statut des juifs les excluant de la vie publique et il a serré la main d'Hitler.
Tous les jours, à 13 heures, la Wehrmacht défile. L'Allemagne occupe les capitales de l'Europe. Après Prague et Varsovie, Bruxelles, Luxembourg, La
Haye, Copenhague, Oslo mais pas Londres.
Février 41, dans la banlieue de Londres. Rose a trois ans dont deux de guerre. Rose est courageuse comme tout le peuple anglais. Les villes anglaises sont dévastées par les bombardements
allemands. Mais l'Angleterre tient bon autour de Churchill avec l'aide providentielle de Roosevelt.
Roosevelt vient d'être réélu pour la troisième fois président des États-Unis. Malgré l'opinion américaine hostile à la guerre, il proclame : "Nous devons être l'arsenal des
démocraties".
Seule une partie du matériel qu'il fournit à l'Angleterre arrive. Chaque bateau anglais est menacé de mort. L'océan Atlantique est infesté des sous-marins allemands. Leurs périscopes
cherchent le cargot anglais. Churchill s'inquiète, bientôt plus rien ne passera, l'issue de la guerre sera fatale. L'Angleterre est une île. C'est sa force mais c'est aussi sa faiblesse.
Pourtant, elle est le seul espoir des peuples occupés.
Les sous-marins allemands les U-boat disposent maintenant des ports français. Les loups de l'Atlantique sont groupés en meute. Ils coulent, dans cette seule année 1941, à la torpille ou au canon,
4 000 000 de tonnes (quatre millions) de navires anglais. Les sous-mariniers allemands lancent ici quelques boules de pain aux
naufragés qui n'ont pas beaucoup de chance de survie. Ils mourront de soif, de faim, de froid ou asphyxiés par le mazout.
Hitler est content des succès de ses sous-marins mais reste préoccupé par la réarmement massif de l'Amérique. A son secrétaire Bormann, il explique : "Dans un an, les États-Unis seront près à
entrer en guerre. Pour faire face, il nous faut plus de matières premières et elles sont à l'est. Il faut conquérir cet espace vital. Après, l'Angleterre n'aura plus d'espoir et fera la paix. Il
sera trop tard pour les américains. Attaquons la Russie au plus vite.
Hitler a baptisé le plan d'invasion "opération Barbarossa", du nom de l'empereur germanique Barberousse. La Wehrmacht commence à se concentrer à l'est. Le lieutenant von Kageneck part pour la
Pologne. Le long de la voie ferrée, il peut voir le reste des combats de 1939. Des prisonniers polonais et des juifs travaillent sur le chantier gigantesque de l'autoroute qu'Hitler fait
construire à travers la Pologne pour acheminer son armée vers la nouvelle frontière avec les russes. C'est la que la 9ème panzer division s'installe avec le régiment de Kageneck. Il écrit : "à
côté de nous il y a une unité S.S. Le commandant nous demande -vous voulez voir un juif ?- il fait un signe et un soldat amène un petit homme. -combien de gens as-tu volé aujourd'hui ?- l'autre
ne répond pas -donnez-lui 10 coups de bâton-. Nous sommes atterrés. C'est donc ça notre occupation en Pologne ? Nous avions entendu de vagues histoires de cruauté mais il était impossible de
savoir ce qui se passait. Ce pays était devenu le pays du silence. Nous ne savions pas que c'était le début du génocide auquel nous allions prêté notre courage et nos mains".
Kageneck fait mieux connaissance avec les autres officiers et les soldats de son régiment de panzer. Il faut se tenir prêt à attaquer, mais l'ordre ne vient pas, alors ils tournent en rond.
Hitler retarde l'offensive à l'est. Il doit venir en aide à son allié Mussolini qui veut mener sa guerre indépendamment de celle du führer. Le duce vient d'être battu par les anglais en Afrique.
L'armée italienne est en déroute dans le désert. Pour sauver Mussolini du désastre, Hitler envoie en Libye l'un de ses meilleurs généraux, Rommel, avec sa division blindée l'Afrika Korps. Une
petite armée de soldats très motivée par cette aventure coloniale. Ils ne savent pas ce qui les attend. Rommel est déjà un héros en Allemagne. C'est lui qui en mai et juin 1940 a pris Cambrai,
Arras, Rouen et Cherbourg (villes françaises). C'est aussi un vrai nazi de la première heure, un serviteur zélé et efficace
d'Hitler. Rommel croit aux blindés, à la guerre éclair. Le soir même de l'arrivée de l'Afrika Korps, Rommel lance ses chars vers les positions britanniques.
Ces prisonniers australiens ou sud-africains, venus se battre aux côtés des anglais, comprennent eux-aussi que la guerre du désert va être
terrible.
La légende de Rommel commence. Les anglais diffusent sa photo avec la mention "cet homme est dangereux". Hitler intervient en Grèce où
Mussolini s'est aussi aventuré. Il lancent ses parachutistes sur la Crète après avoir mené une campagne éclair dans les Balkans et occupé la Yougoslavie. Les arrières de l'invasion
de la Russie sont assurés. Mais l'opération Barbarossa prend du retard. Hitler a perdu de précieuses semaines.
Sur la place Rouge, la fête du travail est traditionnellement l'occasion d'un grand défilé militaire. Celui-là requiert une préparation particulière. Staline veut impressionner les
allemands. Il a reçu de nombreux renseignements de ses espions sur l'imminence d'une attaque. Mais il ne veut pas croire qu'Hitler osera rompre le pacte germano-soviétique aussi vite.
Début de la 2ème
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D'ailleurs, les allemands sont venus assister au défilé, salués avec beaucoup d'égard par le général Timochenko, commissaire du peuple, ministre de la défense de Staline. Les militaires allemands
se serviront de cette démonstration de force pour prétendre que Staline voulait frapper le premier.
Hitler va attaquer mais il aurait préféré ne pas se battre sur deux fronts, faire d'abord la paix avec l'Angleterre.
Dans la banlieue de Londres, dans son pavillon épargné par les bombardements allemands, Rose aide ses parents qui écoutent la radio. La BBC annonce soudain une nouvelle stupéfiante. En
Écosse, dans la région de Glasgow, viennent d'être retrouvés les restes d'un avion allemand, un Messerschmitt 110, son pilote a sauté en parachute. C'est un nazi de première importance : le
dauphin d'Hitler Rudolph Hess. Il dit : "Je suis en mission pour la paix".
Hess est l'un des premiers fidèles d'Hitler, l'un des plus fanatiques. Hess estime n'avoir pas eu un destin aussi glorieux que les autres dirigeants nazis. Il veut prouver à son führer
que lui, Rudolph Hess, et lui seul, peut trouver une issue au conflit avec l'Angleterre. Mais il est aussitôt emprisonné. Churchill ne veut rien savoir et Hitler le désavoue. Il finira ses jours
en prison. Pourtant il révèle, sans le vouloir, à ses interrogateurs britanniques qu'Hitler se prépare à envahir l'Union Soviétique.
Churchill transmet aussitôt l'information à Staline qui n'en fait aucun cas, pas plus que du dernier avertissement de Sorge, l'espion soviétique basé à Tokyo, sur l'attaque allemande - un
document daté du 30 mai 1941 -. Et Staline poursuit ses livraisons au Reich. Depuis le pacte germano-soviétique, il a expédié en Allemagne des milliers de tonnes de pétrole, de chrome, de
nickel. Ce qui a aidé Hitler à conquérir la France.
La dernière livraison a lieu dans la nuit du 21 au 22 juin 1941. Ce dernier train transporte mille tonnes de blé. Il passe la frontière à
minuit et à trois heures du matin, sans déclaration de guerre, les premiers sapeurs de la Wehrmacht se glissent en territoire russe. Derrière eux, 153 divisions allemandes, mais aussi
finlandaises, roumaines, slovaques, hongroises et même une division franquiste espagnole.
4 millions d'hommes avec 600 000 camions dont une bonne partie provient de l'industrie française. Des Berliet ou des Renault et 4000 chars, 7000 canons, 3000
avions.
Dans les premières minutes de l'attaque allemande, 1500 appareils soviétiques sont détruits au sol. Dans les premières heures,
400 autres avions russes sont abattus en vol par les allemands. Surprise, dépassée, l'armée de l'air soviétique semble rayée du ciel. L'offensive allemande se déchaîne sur 3000 kilomètres dans
trois directions.
Au nord, l'objectif idéologique Leningrad, la ville de Lénine, le berceau de la révolution russe, aujourd'hui, St-Petersbourg.
Au centre, l'objectif politique Moscou, la capitale de Staline.
Au sud, l'objectif économique Kiev et l'Ukraine.
La Pravda, le journal officiel du parti communiste, annonce "l'agression fasciste". Mais où est Staline. Il se cache, horriblement déçu et paniqué par les premières nouvelles catastrophiques
de la frontière. L'avance des allemands est foudroyante. Le lieutenant von Kageneck s'enthousiasme :"Un spectacle incroyable s'offre à mes yeux, tout notre régiment de panzers se déploie. Nos
chars hauts et fiers comme des bateaux voguent sur une mer jaune de blé mûr. Rien ne peut résister au panzers grenadiers à qui a été martelé : "Vous allez sauver l'occident des hordes asiatiques.
C'est une croisade moderne contre la puissance des ténèbres : le judéo-bolchevisme".
Au nord, l'entrée dans les Pays Baltes est triomphale. Les allemands sont accueillis en libérateurs. La terreur stalinienne a été telle que tout
vaut mieux que le N.K.V.D. , la terrible police politique soviétique qui s'est retirée en assassinant les baltes anti-communistes détenus dans les prisons. Les anti-sémites locaux accusent
les juifs d'être complices des communistes. Ils les rassemblent, leur font porter les corps. Les baltes se livrent ensuite à des pogroms, des violences contre les juifs, que les allemands
favorisent avec comme consigne "ne pas laisser de traces". Les bûchers feront disparaître les corps.
Sur le front centre, le général Guderian, l'homme des blindés de la blitzkrieg, de la guerre éclair, est ralenti par la ligne Staline, une série de fortifications que les panzers grenadiers
doivent enlever d'assaut.
Guderian reprend son avance mais un élément imprévu va freiner ses fières unités motorisées, comme en témoigne Kageneck : "Nous avançons avec nos auto-mitrailleuses et la poussière nous
enveloppe. Nous sommes en Russie où n'existe ni route, ni asphalte. Elle est terrible cette poussière grasse jaune ou rouge. Elle pénètre partout, dans les yeux, dans les narines, dans la bouche.
Ces hommes marchent ainsi 50 kilomètres par jour. Ils marchent depuis le 1er septembre 1939. Ils ont marché jusqu'à Varsovie, jusqu'à Oslo, jusqu'à Bayonne. Maintenant ils se rendent compte
de l'immensité de la Russie.
Des centaines et des centaines de kilomètres sans village. Les camions de ravitaillement, de carburant et de munitions ont de plus en plus de mal à passer. Mais une autre réalité s'impose aux
soldats allemands : les russes se défendent. Une surprise de taille : l'apparition d'un nouveau type de char russe le T34, un monstre de 30 tonnes équipé d'un redoutable canon. Des
chenilles larges qui passent partout. Il n'est pas sophistiqué comme les blindés allemands. Le tankiste soviétique tape avec un maillet pour changer de vitesse mais il n'est jamais en panne.
Les allemands s'interrogent. Comment ces sous-hommes ont-ils pu fabriquer ces engins ? Les obus des canons anti-chars ricochent sur leur blindage. Seul peut l'arrêter le canon allemand de 88, une
arme puissante. Les allemands restent les mieux armés et les plus forts. Mais Yvan, comme ils appellent le russe, se bat jusqu'au bout. Kageneck écrit : "Il y avait l'odeur des cadavres cuits au
soleil couverts de mouches, une odeur douceâtre et fade qui s'accroche aux narines, qui pénètre sous la peau comme la poussière".
Les pertes russes sont déjà énormes, mais celles des allemands augmentent aussi. Le médecin allemand du bataillon, le major Heinrich Happ (?),
ordonne aux hommes d'arrêter toute prise de nourriture six heures avant les attaques. Il précise : "Cela augmente vos chances de survie en cas d'un coup dans le ventre. L'absorption d'une seule
tranche de pain contracte le sang dans les vaisseaux intestinaux et augmente le danger d'hémorragie interne".
Les allemands continuent à progresser quand même vers leurs trois objectifs. Leningrad, Moscou et Kiev en capturant des armées entières.
Début de la 3ème
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Hitler a donné l'ordre de tuer immédiatement les commissaires politiques, membres du parti communiste, qui contrôlent les officiers et surveillent les soldats de chaque unité. Guderian refuse
d'appliquer cet ordre criminel mais le commandant de la 4ème armée panzer, le général Hopner, estime lui : "Ce conflit doit être conduit avec une brutalité sans précédent. Aucune pitié pour les
bolcheviques".
Les bolcheviques, les russes, se battent désespérés avec de moins en moins d'armes, parfois même un fusil pour 10. C'est la retraite sur tout le front. Pour Staline, les nouvelles sont de pire en
pire. Mais que fait-il ? Il s'était effondré, il se relève. Parce que Staline est un pseudonyme qui signifie l'homme d'acier. Staline parle. Avec son lourd accent géorgien, il dit des mots qu'il
n'a jamais employés. Il appelle les russes "mes frères", "mes soeurs", il leur dit la vérité.
"Nous sommes attaqués par l'Allemagne hitlérienne, un ennemi cruel, inexorable. Un grave danger pèse sur notre patrie". Du fond de l'abîme, il ose prophétiser : "Les troupes fascistes allemandes
sont-elles vraiment invincibles ? On disait que l'armée de Napoléon était invincible mais elle a été battue".
Il ordonne de faire transporter immédiatement les usines avec leurs machines et leurs ouvriers loin à l'est, dans les montagnes de l'Oural ; et il donne aux paysans un ordre
inflexible. "Partez, quittez votre isba, votre maison, détruisez tout, ne laissez rien qui puisse servir à l'agresseur fasciste hitlérien". C'est l'ordre de la "terre brûlée".
Les officiers allemands se souviennent de Napoléon. En 1812, les russes avaient brûlé leurs villes et leurs champs. Ils avaient affamé la Grande Armée et il l'avait détruite à la
bataille de la Bérézina. Les allemands sont aussi sur la Bérézina, début juillet 41, sur le front centre ; et ils avancent. La résistance soviétique est de plus en plus
forte. Sur l'autre rive, une mauvaise surprise pour les allemands. Les russes mettent en action une arme nouvelle - un lance-roquettes baptisé "les orgues de Staline" ou Katioucha comme la
chanson patriotique - terrifiant. Mais rien ne peut arrêter l'avance des allemands.
Mi-juillet, ils atteignent Smolensk, la dernière grande ville avant Moscou. Les combats pour Smolensk durent 3 semaines. Les russes résistent jusqu'au bout malgré les appels à la réddition des
haut-parleurs allemands. Rares sont ceux qui se laissent prendre. Les survivants préfèrent se cacher dans les forêts profondes et devenir des partisans.
Ils sont rejoints par de nombreux paysans qu'ils forment au combat. Il font la chasse aux traîtres et harcèlent les lignes de communication de l'ennemi. La répression allemande est féroce. Ordre
du führer : liquider immédiatement toute population soupçonnée de la moindre hostilité.
Hitler décide alors de venir sur le front, avec le chef d'état major de la Wehrmacht, le servile maréchal Keitel. L'opération Barbarossa prend du retard. Pour les généraux c'est le plan d'Hitler
qui en est la cause en imposant trois axes d'attaque. Le maréchal von Bock, le commandant des armées du centre, veut au contraire concentrer ses forces sur Moscou. Hitler, on le voit
ici, n'aime pas les généraux qui osent le contredire. Le général Guderian est là. Il insiste : "nous ne sommes plus qu'à 350 kms de Moscou". "Vous ne comprenez rien" dit le führer "vous ne
connaissez rien à la guerre économique. Il nous faut d'abord le blé de l'Ukraine pour qu'on ne puisse pas nous affamer comme à la guerre précédente. Moscou n'est qu'un symbole, on s'en occupera
plus tard".
Il ordonne à Guderian de foncer vers Kiev pour refermer le piège sur les armées russes qui forment encore des poches sur les arrières de la Wehrmacht.
C'est la plus grand encerclement de l'histoire. Les allemands font d'un seul coup 600 000 prisonniers russes.
Himmler vient en visite. Rien n'est prévu pour nourrir les prisonniers et Himmler contemple avec indifférence les unter-mensch, les sous-hommes qu'il
va froidement laisser mourir de faim.
Le lieutenant von Kageneck écrit : "On vivait bien en Ukraine. Nous ne manquions de rien. Des oeufs, du beurre, des fruits, du lait, du vin, un excellent vin rouge du bord de la Mer
Noire. Les ukrainiens venaient à notre rencontre, souriants, joyeux. Les femmes nous apportaient du pain et du miel. Elles voyaient en nous leurs libérateurs. Les ukrainiens ont beaucoup de
raisons de haïr les russes, et surtout Staline qui a organisé au début des années 30 une immense famine et fait 3 millions de victimes. Les ukrainiens, souvent anti-sémites, incriminent
aussi les juifs et se livrent à des pogroms comme ici à Slokov sous les yeux des allemands. Beaucoup d'ukrainiens se rangent du côté des nazis. Mais l'Allemagne va perdre une
occasion de se faire un allié.
Le maréchal Goering, le deuxième personnage du Reich, arrive en Ukraine. Il dit : "Pas de bouches inutiles à nourrir. Ceux qui peuvent travailler
travailleront pour le Reich, les autres mourront. Ceux qui travaillent donneront tout ce qu'ils ont jusqu'à leur mort". Goering et son complice, le théoricien du racisme nazi, Rosenberg, sont là
pour mettre en oeuvre l'asservissement de l'Ukraine et l'élimination méthodique des juifs.
Himmler et Heydrich ont, dès 1939, mis en place des commandos d'exécution les "einsatzgruppe" composés de S.S., de policiers et de soldats de
la Wehrmacht qui raflent les juifs. Les S.S emmènent les juifs dans les bois et leur donnent à chacun une pelle pour creuser leur tombe.
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Mais ce procédé est jugé trop long. Alors les S.S. font creuser de longues fosses communes ou les juifs vont directement se coucher sur les morts précédents.
Ce procédé est encore trop lent. Les S.S. font aménager un ravin près de Kiev. Un endroit appelé Babi Yar et exécutent en deux jours 33 771 juifs, les hommes, les femmes, et les enfants.
Dans cette affaire comme dans des centaines d'autres, les victimes sont prises en photo par leurs bourreaux en souvenir pour leurs familles en Allemagne. Le meurtre prémédité et de sang-froid
d'un million de juifs portera le nom de "Shoah par balles".
Mais Himmler n'est pas satisfait. Il a assisté à l'une de ces actions des einsatzgruppen. Il a été éclaboussé de sang et pris de nausées. Ils demandent aux S.S. de trouver des méthodes moins
primitives. Cette réflexion donnera des camions aux gaz d'échappement reliés à l'arrière et un an plus tard les chambres à gaz.
Au nord, le long siège de Léningrad commence. Les allemands décident : "Plutôt que de se lancer dans une guerre de rues, laissons faire la famine et
l'artillerie". La célèbre bibliothèque de Léningrad est dévastée, le zoo décimé. La ration alimentaire tombe vite au-dessous du minimum. Mais le pire reste à venir avec l'hiver.
Au sud, Guderian reçoit enfin d'Hitler l'ordre de remonter vers le nord rejoindre les autres armées et marcher sur Moscou. Sur ce front immense, trois fois grands comme la France, de Léningrad à
Odessa, la poussée vers Moscou paraît irrésistible. Les allemands font encore 700 000 prisonniers. Le général Jodl, chef des opérations de la Wehrmacht dit : "La guerre est gagnée". Kageneck
écrit : "Nous avons soudain affaire à un adversaire terrible, la pluie d'automne et la boue que les russes appellent "raspoutiza". Une boue sans fond, tenace, collante qui prend tout qui tient
tout et ne lâche plus rien, pas plus un char qu'un camion, un cheval ou un homme.
Elle paralyse tout mouvement, nous faisons 5, 8 kilomètres par jour au lieu de 30. Mettre un pied devant l'autre demande un effort surhumain. Les
panzers, l'orgueil de la Wehrmacht sont arrêtés. Hitler écrit à ses troupes. "Soldats du front de l'est, mes camarades, nous nous trouvons au seuil de la dernière grande bataille décisive : la
bataille pour Moscou.
1er novembre 1941
Et d'un seul coup, l'armée allemande repart vers Moscou parce que le gel vient durcir le sol. Alors le monde retient son souffle. Hitler va-t-il vaincre Staline ?
C'est le moment où dans tous les pays occupés les extrémistes de droite s'engagent aux côtés des forces allemandes. Les belges, les danois, les hollandais et les jeunes de la L.V.F, la
légion des volontaires français qui ont choisi de porter l'uniforme allemand et d'aller se battre sur le front de l'est. Et ils vont souffrir.
À partir de ce mois de novembre 1941 une vague de froid précoce fait descendre le thermomètre à - 40. La Wehrmacht, prévue pour la blitzkrieg, la guerre éclair, devait régler son compte à la
Russie en 4 mois. Elle n'a pas d'équipement d'hiver. Guderian écrit dans ses mémoires : "Il faut avoir vu ces hommes affamés et insuffisamment couverts se battre pour un abri médiocre". Ils se
battent pour tenir le moindre village. Perdre un village, perdre une seule isba c'est la mort certaine. Les hommes meurent de froid ou de dysentrie. La diarrhée les fait courir trente fois par
jour. Le médecin le major Happ (?) les prévient : "Il faut choisir : si vous baissez votre pantalon vous mourrez de froid. Il faut découdre la
couture derrière pour ne pas avoir à le baisser".
Ils envient leurs camarades, ceux de l'Afrika Korps qui, au même moment dans le désert, peuvent faire cuire des oeufs sur la tôle surchauffée de leurs chars en écoutant Lily Marlen, la chanson de
la guerre. La guerre du désert elle aussi s'enlise dans les sables. L'essence et le ravitaillement manque. Rommel doit s'arrêter. Pourtant, il prépare une nouvelle offensive et de nouveaux
sacrifices pour l'Afrika Korps.
Pendant ce temps là, sur la route de Moscou, les allemands ne peuvent plus se laver ni se changer. Pour eux comme pour l'ennemi les poux, les punaises, la gale rendent fous et apportent le
typhus. La grande armée de Napoléon avait perdu un tiers de ses hommes à cause du typhus. Mais la Wehrmacht réussit quand même à avancer jusqu'à trente kilomètres de Moscou. Et Hitler dit : "Je
raserai cette ville maudite et je la remplacerai par un lac artificiel avec un éclairage central. Les avant-gardes allemandes atteignent la banlieue de Moscou et même le terminus de la ligne
d'autobus qui va jusqu'à la place Rouge.
7 novembre 1941
Pendant que l'armée soviétique contient cette avance allemande, Staline a ordonné de maintenir le traditionnel défilé pour l'anniversaire de la révolution. Pour galvaniser ses troupes,
Staline prononce un discours où il fait appel à ce qui est interdit : le souvenir des grands soldats du tsarisme. "Soyez dignes de vos glorieux ancêtres. Le vainqueur des teutons Alexandre
Nievsky, des tartares Dimitri Donskoï, des turcs Souvorof et de Napoléon Koutouzov". Staline a organisé la défense de Moscou avec le plus brillant peut-être de ses généraux, un spécialiste
des chars, considéré comme l'équivalent russe de Guderian, Joukov, 45 ans. Joukov a de la chance. L'espion soviétique Sorge a révélé que le Japon, pourtant allié d'Hitler, avait décidé de ne pas
attaquer la Russie parce que son principal ennemi c'est l'Amérique. Du coup, Joukov peut dégarnir ses forces d'Extrême Orient.
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Il fait venir les divisions de sibériens bien équipés. Les sibériens ne craignent pas le froid. Ce sont des hommes des bois rompus à toutes les ruses. Ils ont emmené leurs skis et leurs rennes
avec eux et leur gibier, cette fois, c'est l'allemand. Joukov veut prendre la Wehrmacht en tenaille.
5 décembre 1941
50 000 allemands sont morts ou disparus. 57 000 sont faits prisonniers. Ils partent pour la Sibérie et ils n'ont pas fini d'avoir froid. Un sur dix seulement reviendra au bout de 15 ans. August
von Kaganeck, lui, avait été grièvement blessé et évacué en Allemagne. Il écrit : "La foi s'évanouie. Le doute devient obsession. La mort devient la meilleure amie, la seule amie de l'homme car
elle le délivrera de ses souffrances".
Les russes non plus n'ont pas fini de souffrir. Leur pays est ravagé. Les millions de morts et de prisonniers ont permis de sauver Moscou mais la menace est toujours là.
L'armée allemande recule de deux cents kilomètres. Hitler ordonne alors de tenir cette nouvelle ligne à tous prix. Il destitue 35 généraux dont Guderian et assure lui-même le commandement de
l'armée. Il va réussir à rétablir la situation, rééquiper son armée, se préparer pour la revanche. La Wehrmacht reste solidement en Russie.
Hitler retrouve ses chiens dans son chalet de Bavière. Pour lui, l'échec devant Moscou est celui de ses généraux, de ses diplomates qui lui avaient déjà affirmé que les français et les anglais ne
bougeraient pas pour la Pologne et de l'Abwehr, le service d'espionnage, qui l'a mal renseigné sur les forces russes. Hitler ajoute : "L'armée bolchevique est composée de paysans qui combattent
avec une inconscience barbare et d'ouvriers entraînés par le fanatisme mystique du communisme".
Hitler croit en sa bonne étoile. Il vaincra. Il peut se détendre avec ses courtisans. Ici, la maîtresse de Bormann lui présente l'une des vedettes du
cinéma allemand Magda Schneider. Sa fille Maria Schneider joue à côté avec les enfants de Bormann. L'Allemagne est encore insouciante. Les grands bombardements n'ont pas encore commencé et les
sacrifiés de Moscou sont si loin dans la neige.
7 décembre 1941
Deux jours après ce premier revers d'Hitler, son allié le Japon attaque par surprise l'Amérique à Pearl Harbor, la grande base navale du Pacifique.
Avec cette vague d'avions japonais, la guerre devient mondiale.
A Londres, Rose danse en pensant déjà à Noël. Elle entend ses parents dire : "Maintenant les américains vont se battre avec nous, les russes sont
avec nous et nous les anglais nous ne sommes plus seuls".