MONSANTO

"DOCUMENTAIRE « LE MONDE SELON MONSANTO"



de Marie-Monique ROBIN  (2008)
Sur la chaîne franco-allemande ARTE



Voici un excellent documentaire qui fait froid dans le dos et qui a fait le tour du monde comme les OGM de "Monsanto" et comme Marie-Monique Robin qui a mené l'enquête pendant 3 ans sur 3 continents ! 


Ci-dessous le film d'un seul tenant sur Google. Mais comme le but est aussi de vous donner le texte de ce documentaire, vous trouverez ce film décomposé en 14 parties (You Tube). Cela sera plus facile, je pense, pour suivre le texte.

                                                                                                           3 ans d'enquête  Le livre (Cliquez sur l'image pour + de renseignements)


Réquisitoire minutieux contre Monsanto qui commercialise 90 %
(pour cent) des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) dans le monde. C’est à voir tout de suite.


Cette soirée vous est présentée en partenariat avec France Info.

  




 



Présentation du film sur la chaîne Arte
Bonsoir, le document que vous allez voir dans quelques instants est vraiment hors du commun. Lorsque je l’ai vu la première fois, j’ai vu défiler tous les rôles de méchants des films de James Bond, ceux qui se rêvaient maîtres du monde. Sauf que là, le scénario est tissé sur des faits réels. Le film montre comment le géant américain de la chimie Monsanto cherche à prendre le contrôle de la production alimentaire mondiale à grands renforts d’herbicides et de génie génétique.  C’est aussi Monsanto qui produisait l’agent orange, le défolient employé par l’armée américaine au Vietnam .

 

La réalisatrice Marie-Monique Robin a parcouru le monde pendant trois ans pour rassembler les pièces d’un puzzle puis reconstitué un tableau effarant entre intérêts commerciaux impitoyables et faillite grossière des responsables politiques. Et là, pas de James Bond pour arrêter les méchants.

 

Avant même cette diffusion, le film a déclenché de vifs débats. D’ailleurs, si vous souhaitez participer à la discussion, vous pouvez retrouver la réalisatrice sur notre forum internet. Après le film, nous débattrons également en studio des conséquences des OGM  pour les consommateurs, c’est-à-dire pour nous. Nous entendrons notamment l’avis de José Bové, adversaire farouche des OGM.  En faisant la grève de la fin en Janvier, il a contribué à obtenir l’interdiction provisoire du maïs transgénique Monsanto en France.  Mais tout de suite, voici « Le monde selon Monsanto ».




Le film en entier c'est ici ↑


Vidéo 1/14

-        Alors c’est bien du Roundup désherbant ? Grands travaux ? Mais je vois sur celui-là, il y a marqué « biodégradable ».

 

-         Ça c’est l’ancien. Maintenant, ils ne marquent plus biodégradable. Donc ça doit plus être biodégradable. C’est le même  produit. C’est parce qu’i ls ne doivent plus avoir le droit de le marquer. Ca doit pas être vraiment biodégradable quoi !

 

-          Hé fais gaffe (expression populaire = fait attention) qu’on en recoive pas dans la figure quand même hein ?

 

-          Non, je ne suis pas un assassin !

 

-         Je suis sûr que ce soja Roundup Ready est mûr. On va pouvoir le récolter aujourd’hui.  11,5 % d’humidité. C’est parfait pour la moisson. La première fois que j’ai entendu parler du soja Roundup Ready c’était il y a huit ans dans un magazine agricole. Ça avait l’air d’une innovation très intéressante. Le soja contient une protéine qui a été introduite dans la plante par manipulation génétique qui la rend résistante au Roundup. Le Roundup est pulvérisé sur les plantes. Cela présente des avantages indiscutables. Si vous observez mon champ, il n’y a pas de mauvaises herbes.

 

-          Utilisé selon le mode d’emploi, Roundup ne présente pas de risque particulier pour l’homme, les animaux domestiques et leur environnement. Marque déposée de Monsanto, fabriqué en Belgique. Si tu vois des escargots, t’en mets pas dessus parce qu’ils seront inmangeables. Alors attention aux fraisiers !

 

-          J’encourage vraiment les agriculteurs européens à s’intéresser de plus près à la technologie Roundup Ready. C’est un très bon système pour l’environnement, et à long terme. Essayez-le ! 

 

Monsanto. Ca fait 20 ans que je parcours le monde et partout j’ai entendu parler de cette multinationale américaine. A dire vrai pas toujours en bien. J’ai voulu en savoir plus et j’ai navigué sur la toile pendant des mois en assemblant patiemment les pièces du puzzle.

 

Sur son site internet, Monsanto se présente comme une compagnie agricole dont l’objectif est d’aider les paysans à produire des aliments plus sains tout en réduisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement. Son produit phare c’est le Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde depuis 30 ans.

 

Monsanto est aussi le leader mondial de la biotechnologie. 90 % des OGM cultivés sur la planète lui appartiennent. La plupart ont été génétiquement manipulés pour résister aux épandages de Roundup comme le soja dit Roundup Ready, mot à mot : prêt pour le Roundup.

 

Les OGM de Monsanto ont envahi le monde mais jamais une application agro-industrielle n’a suscité autant de passion et de polémiques. Pourquoi ? Quels sont les enjeux des OGM et le passé de la firme peut-il éclairer ce qu’elle est ou prétend être aujourd’hui ?

 

Créée en 1901 à Saint-Louis dans l’état du Missouri, Monsanto ne fut pas toujours une compagnie agricole. Ce fut d’abord l’une des plus grandes compagnies chimiques du XXème siècle.

        -     La chimie travaille pour vous. De la même manière Monsanto travaille pour vous ! Monsanto ! La
              chimie créative fait des merveilles pour vous !

Les merveilles vantées par la publicité ont fait de Monsanto l’une des entreprises les plus controversées de l’ère industrielle. Agent orange, aspartame, hormone de croissance, PCB. Les PCB, ces huiles chimiques utilisées comme isolant dans les transformateurs électriques furent le fleuron de la firme pendant près de cinquante ans. Elle s’appelait Aroclor aux Etats-Unis, Pyralene en France ou Clophen en Allemagne jusqu’à leur interdiction au début des années 80.

 



Vidéo 2/14

Monsanto PCB…un article du Washington Post de 2002 : « Monsanto a caché la pollution pendant des décennies. Ça s’est passé à Anniston dans l’état de l’Alabama.

 

-          Terry était mon petit frère, il est mort en 1971 d’une tumeur au cerveau, un cancer des poumons et d’une maladie du cœur. Il avait 16 ans. Depuis trois ans, j’ai perdu la plupart de mes amis. Ils sont morts de maladie, de cancer, de diabète,  d’hépatite. Toutes ces maladies sont liées au PCB.

 

-          C’est la route de Monsanto. Ici, il n’y a que des noirs qui vivent. Ils continuent à y habiter même si toutes les maisons ont été polluées. Il y a 6 mois, ils ont décontaminé ce jardin là-bas. Avant, ici, il y avait des maisons, des gens qui y habitaient. Mais maintenant, ils ont dû déménager, les maisons ont été démollies. Ça c’est la maison où mon frère est mort. C’est là que j’ai grandi. Vous voyez le talus là-bas ? C’est là que les PCB sont enterrés. Monsanto a eu l’autorisation d’enterrer les PCB à Anniston. C’est le canal de Snow Creek qui coule sur du ciment. Ils partaient de l’usine et déversaient les PCB jusqu’ici. C’était de l’eau empoisonnée et ils ne l’ont dit à personne, sauf à l’Etat qui ne nous a rien dit.

 

PCB Monsanto savait…mais savait quoi exactement ?

 

Une organisation environnementale de Washington dirigée par l’écologiste Ken Cook a mis en ligne les archives internes de la firme. La plupart sont classées « confidentielles ». « Détruire après lecture ».

 

Un document de 1937 : « les expositions aux PCB provoquent des effets toxiques sur tout l’organisme et des éruptions cutanées de type acnée.

 

1961 : « Après la rupture d’un tuyau dans une usine utilisant des PCB, deux ouvriers ont développé les symptômes d’une hépatite ».

 

1966 : « Les scientifiques ont plongé des poissons dans l’eau du canal de Snow Creek, tous sont morts au bout de 3 minutes et demi.

 

Pollution – Lettre adressée au responsable de vente en 1970.


        -    Ce document résume toute l'histoire : on peut y lire : "Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un dollar de vente". Ils ont caché le fait qu'ils empoisonnaient leurs voisins d'Anniston parce qu'ils ne voulaient pas  perdre un dollar. C'est seulement quand les avocats des habitants d'Anniston ont saisi la justice que Monsanto a été obligé de divulguer ces documents confidentiels. Nous avons alors découvert ce qu'ils savaient depuis longtemps. Ils savaient la vérité depuis le début. Ils ont menti, ils ont caché la vérité à leurs voisins et aux autorités gouvernementales. Et, lorsqu'ils ont finalement alerté les autorités, celles-ci, au lieu de se placer du côté des empoisonnés, ont protégé la compagnie. Elles ont soutenu Monsanto. 

 

         -    C’est tous tes médicaments ?

 

         -    Non, ce n’est pas tout, j’en ai d’autres là.

 

         -    C’est quoi ton taux de PCB ?

 

         -    63,8 dans le sang.

 

           Dans le sang ? Si on faisait une biopsie de sa graisse il serait en haut de l’échelle avec 3 ou 4000 parts
              par milliard
ou plus.

 

            Quel est le niveau acceptable ?

 

         -    C’est deux parts par milliard, le standard mondial. Mais nous, nous en avons plus dans le sang et dans
               le  corps
que nulle part ailleurs dans le monde.

 

            Ici c’est normal de parler de son taux de PCB ?

 

         -     Nous en parlons tous ici parce que c’est notre quotidien. Il arrive que des enfants viennent me voir et 
              me  disent
   « Monsieur Baker, on m’a fait des analyses, j’ai 3 parts par milliard ! Combien de temps 
              il me reste ? »

 

Cette histoire est absolument terrible mais qu’en pensent les scientifiques ?



Vidéo 3/14

Sur la toile
(internet) on trouve de nombreux articles concernant les effets des PCB sur la santé humaine. L’un des meilleurs spécialistes s’appelle David Carpenter. C’est lui qui a réalisé les tests pour les habitants d’Anniston.

 

-          Nous avons tous des PCB dans nos corps. Les ours polaires et les pingouins ont des PCB. Par le passé, il n’y avait que quelques sites où on se débarrassait des PCB. Mais avec le temps, ils ont contaminé l’air et l’eau. Maintenant toute la planète est contaminée par les PCB.

 

                 Les PCB causent beaucoup de maladies. La plus connue est le cancer.

 

                 Les femmes contaminées par les PCB donnent naissance à des enfants qui ont un QI
                (Quotient Intellectuel) réduit.    
    

                  Les PCB réduisent le fonctionnement de la thyroïde. Les PCB perturbent les hormones sexuelles.

 

En 2001, 20 000 habitants de Anniston ont porté plainte contre Monsanto. La compagnie et sa filiale Solutia ont finalement été condamnées à payer 700 millions de dollars pour indemniser les victimes, décontaminer le site et construire un hôpital spécialisé. Mais aucun des dirigeants de Monsanto n’a été poursuivi.

 

-         Dans le système juridique américain, il est très rare que des cadres ou des dirigeants d’entreprises soient considérés comme pénalement responsables. En revanche, on a la possibilité d’attaquer les entreprises au Civil. On les fait payer. En vérité, les dommages et intérêts payés des décennies plus tard par les sociétés ne représentent qu’une fraction de leurs profits. C’est donc rentable de garder le secret. On peut se demander quel secret ils gardent actuellement. On ne peut jamais faire confiance à une grosse société comme Monsanto pour nous dire la vérité sur un produit ou un problème de pollution. Jamais !

 

On ne peut pas faire confiance à Monsanto a dit Ken Cook. Et si on prenait l’exemple du Roundup, l’herbicide favori des jardiniers et paysans. C’est quoi au juste ?

 

C’est le nom commercial donné par Monsanto au glyphosate, un herbicide dit non sélectif ou total parce qu’il détruit toutes les plantes. Mis sur le marché en 1974, il a connu un succès fulgurant parce que Monsanto a toujours affirmé qu’il était biodégradable et bon pour l’environnement.

 

(Publicité)

« Voici Roundup, le premier désherbant biodégradable. Il détruit les mauvaises herbes de l’intérieur jusqu’aux racines et il ne pollue ni la terre ni l’os de Rex. Roundup, le désherbant qui donne envie de désherber. »

 

Roundup biodégradable

 

Ken Cook a raison. La firme a été condamnée deux fois pour publicité mensongère.

 

La première c’était à New York en 1996 et la deuxième en France, l’année dernière (ce documentaire datant de 2007 il s’agit de l’année 2006).

 

Les juges ont considéré que les mentions « biodégradable », « laisse le sol propre » et « respect de l’environnement » étaient des messages publicitaires trompeurs. D’autant plus que selon les études effectuées par le groupe Monsanto lui-même, un niveau de dégradation biologique de 2 % seulement peut être obtenu après 28 jours. Voilà pourquoi la mention « biodégradable » a récemment disparu des bidons. Mais ce n’est pas tout.

 

De nombreuses études scientifiques montrent que le Roundup est hautement toxique. Un exemple : le Roundup provoque des dysfonctionnements de la division cellulaire. Un étude du professeur Robert Bellé. Le professeur Bellé travaille pour le C.N.R.S. (Centre National de la Recherche Scientifique) et l’Institut Pierre et Marie Curie. Il a étudié les effets du Roundup sur des ovules fécondés d’oursins.   

 

-          La très grosse surprise a été que Roundup a un effet sur la division des cellules et très vite on s’est aperçu que ce qui était touché par le Roundup était un point clé de la division. C'est-à-dire pas les mécanismes de la division elle-même mais les mécanismes qui contrôle la division des cellules. Il faut comprendre comment naît un cancer. Les cellules au départ ne sont pas cancéreuses mais à partir d’un certain moment il y a des modifications en elles et la modification principale c’est ce qu’on appelle « devenir instable du point de vue génétique ». Et c’est ce premier dérèglement qu’on a observé avec le Roundup. Et c’est pour ça que l’on dit que pour nous le Roundup induit les premières étapes qui conduisent au cancer. Et nous faisons attention à ne pas dire « induisent des cancers » puisque les cancers on les verra dans 30 ou 40 ans.

 

-          On s’est tout de suite, nous, rendu compte de l’importance que ça pouvait avoir au niveau des utilisateurs puisque les doses correspondaient à des doses quand même très en dessous des doses qu’utilisent les gens et on s’est dit « mince, il faut vraiment qu’on alerte le mieux possible et le plus vite possible l’opinion publique » d’une certaine façon.

 

-          Alors pour faire ça, moi je me suis dit le meilleur système c’est de m’adresser à mes tutelles et j’ai été un peu surpris même très très très surpris. On nous a suggérés ou fortement incités à ne pas communiquer parce qu’il y a cette question des OGM derrière.

 

Cette histoire est incroyable. On a caché la toxicité du Roundup pour protéger le développement des OGM.

 

Reprenons l’histoire des OGM à son début.

 

D’après le site internet de Monsanto, le soja Roundup Ready fut la première culture transgénique autorisée aux Etats-Unis en 1996. Ses producteurs sont regroupés au sein de l’ASA, l’association américaine du soja dont le site de Monsanto fournit l’adresse. John Hoffman, son vice-président, est une défenseur inconditionnel de la biotechnologie.

 

-          Au printemps, vers le 1er mai, je pulvérise une première fois du Roundup pour tuer les mauvaises herbes. Et puis 6 ou 7 semaines plus tard, je fais une deuxième application et ça suffit pour le reste de l’année.

 

-          Avant d’avoir la technologie Roundup Ready, les champs avaient des mauvaises herbes. Nous devions les inspecter et arracher les mauvaises herbes à la main. C’était beaucoup de travail. Le système Roundup Ready me permet donc d’économiser du temps et de l’argent.

 

Apparemment, la nouvelle merveille de Monsanto a tout pour séduire les agriculteurs.

 

Mais comment ça marche ? Comment le soja peut-il survivre aux épandages de Roundup ?

 

Voici une cellule de soja. Au cœur de la cellule, il y a le noyau qui contient l’ADN, la structure génétique du soja. Pour créer son OGM, Monsanto franchit la barrière des espèces. Ses chercheurs ont sélectionné un gène provenant d’une bactérie qui confère la résistance au Roundup. Le gène est fixé sur des particules d’or microscopiques qui sont bombardées avec un canon à gènes dans les cellules de soja. Le gène pénètre l’ADN et fabrique une protéine qui  permet à la plante de résister au Roundup. Quand l’herbicide est pulvérisé, il tue toutes les mauvaises herbes sauf le soja.

 

A dire vrai, c’est quand même une sacrée prouesse technologique mais tout de même ! Ce soja destiné a être arrosé par un herbicide puissant finira dans l’assiette du consommateur. On imagine donc qu’il a dû être soigneusement testé avant sa mise sur le marché.

 

Qui était ministre de l’agriculture à l’époque ?

 



Vidéo 4/14

C’est Dan Glickman qui fut ministre de Bill Clinton de 1995 à 2000.

 

-         Au début de mon mandat, il y avait un consensus dans l’agro-alimentaire et au sein du gouvernement des  Etats-Unis. Si on ne marchait pas tête baissée en faveur du développement rapide de la biotechnologie et des cultures OGM alors on était considéré comme anti-sciences et anti-progrès. Franchement, je pense qu’on aurait dû faire plus de tests. Mais les entreprises agro-industrielles ne voulaient pas parce qu’elles avaient fait d’énormes investissements pour développer ces produits.

 

                Et, en tant que responsable du service qui réglementait l’agriculture, j’ai subi beaucoup de pressions
                pour, disons,
ne pas être trop exigeant.

 

                La seule fois où j’ai osé en parler pendant le mandat de Clinton je me suis fait taper sur les doigts. 
                Non seulement 
par l’industrie mais aussi par les gens du gouvernement. En fait, j’ai prononcé un
                discours où j’ai dit qu’il fallait 
 qu’on étudie plus sérieusement la réglementation des OGM.
                Et il y avait des gens à l’intérieur du gouvernement
  Clinton, surtout dans le domaine du commerce
                extérieur, qui étaient fâchés  contre moi. Ils m’ont dit « Comment 
peux-tu, toi qui travailles dans
                l’agriculture, mettre en cause notre système de réglementation ? ».

 

Voilà qui est clair. Aux Etats-Unis, le ministre de l’agriculture ne fait pas le poids face aux intérêts des multinationales.

Mais comment sont réglementés les OGM aux Etats-Unis ?

 

Le texte le plus important a été publié par la FDA, la Food and Drug Administration, l’agence chargée de la sécurité des denrées alimentaires et des médicaments.

 

Titre : Aliments dérivés des nouvelles variétés de plantes

Date : 29 mai 1992

 

Principe 1 : Les aliments obtenus par modification génétique sont réglementés de la même manière que ceux obtenus par le croisement traditionnel des plantes.

 

En clair, la FDA décide de ne pas créer de catégorie spéciale pour les OGM.

 

Pour toutes questions adressez-vous à James Maryanski qui dirigeait alors le département de la biotechnologie.

 

-          En gros, le gouvernement a pris la décision de ne pas créer de nouvelle loi. Il pensait que les lois existantes pouvaient s’appliquer aux nouvelles technologies.

 

-          Ca veut dire que la Maison Blanche a demandé à l’agence d’écrire un texte où les OGM ne seraient pas soumis à une réglementation spécifique ? Mais ce n’était pas basé sur des données scientifiques. C’était une décision politique ?

 

-          Oui, c’était une décision politique qui touchait beaucoup de domaines, pas seulement la nourriture. Elle s’appliquait à tous les produits de la biotechnologie.

 

Quel aveu incroyable ! James Maryanski reconnaît que la réglementation des OGM fut basée sur une décision politique et pas scientifique ? Mais comment cette décision fut-elle argumentée ?

 

Principe 2 : Les composants des aliments provenant d’une plante génétiquement modifiée seront les mêmes ou similaires en substances à ceux que l’on trouve communément dans les aliments.

 

Autrement dit, la FDA considère à priori qu’une plante modifiée génétiquement est similaire à une plante conventionnelle. C’est ce qu’on appelle : « le principe d’équivalence en substance » qui a été repris partout dans le monde.

 

Il est au cœur du débat qui oppose les anti-OGM (contre les OGM) aux pro-OGM (pour les OGM).

 

-          Comment la FDA a-t-elle pu décider qu’une plante OGM était similaire à une plante conventionnelle ?

 

-          Nous savons que les gènes qui sont introduits dans les plantes par la biotechnologie produisent des protéines très semblables à celles que nous avons consommées pendant des siècles.

 

Ca c’est la version officielle de la FDA. Elle est battue en brêche (mise à mal) par Jeffrey Smith, auteur de plusieurs ouvrages sur les OGM ; Michael Hansen, expert scientifique auprès de l’union des consommateurs ; l’essayiste Jeremy Rifkin qui fut le premier à dénoncer le principe d’équivalence en substance. 

 

-           Si les OGM sont si bien implantés aujourd’hui c’est à cause d’une tromperie de la FDA. Ils disent que ces aliments ne sont pas différents. Ils emploient l’expression « équivalence en substance » ou « pas considérablement différents » ce qu’ils traduisent comme « généralement reconnus comme sûr ». Gras en anglais.

 

-          Normalement, pour que quelque chose soit considéré comme Gras, il faut que cela s’appuie sur de nombreuses études et qu’il y ait un large consensus au sein de la communauté scientifique. Avec les OGM, il n’est ni l’un ni l’autre.

 

-          La FDA disait : « Si on introduit un gène dans une plante, ce gène est de l’ADN. Comme nous consommons de l’ADN depuis longtemps nous pouvons donc conclure que cette plante est Gras.

 

-          Notre point de vue c’était que les gènes devaient être considérés comme des additifs alimentaires. Actuellement, quand on veut ajouter dans un aliment une goutte microscopique d’un nouveau colorant, d’un conservateur ou d’un produit chimique, c’est considéré comme un additif alimentaire. Et donc, on doit faire toutes sortes de tests pour prouver qu’il y a une certitude raisonnable qu’il ne soit pas nuisible.

 

                 En revanche, lorsqu’on manipule génétiquement une plante, ce qui peut engendrer d’innombrables
                 différences
dans l’aliment, on ne demande rien.

 

-          A l’époque à Washington, si vous fréquentiez les mêmes bars que les lobbyistes, vous les entendiez rire de tout ça. Tout le monde savait que c’était n’importe quoi ce principe « d’équivalence en substance ». C’était simplement une façon pour ces sociétés et surtout Monsanto de mettre rapidement leurs produits sur le marché, avec le moins d’interférence gouvernementale possible. Et je dois dire qu’ils ont très bien su défendre leurs intérêts.

 

-          Je me souviens de réunions où les scientifiques de Monsanto ont rencontré les scientifiques de la FDA.  Ils parlaient des modifications que leurs travaux provoquaient tout en demandant à la FDA : « comment allez-vous réglementer ces produits ? ».

 

-          Je n’ai jamais vu une société qui ait une influence aussi déterminante et à un niveau aussi élevé sur les autorités gouvernementales en charge de la réglementation que Monsanto avec ses OGM.

 

Il existe une archive exceptionnelle où l’on voit Georges Bush père en visite dans les laboratoires de Monsanto. C’était 9 ans avant la mise sur le marché du soja Roundup Ready.

 
 

 

Le poison mortel.

 

Manipulation.

 

Baptisée RBGH – hormone de croissance bovine recombinante – le produit est commercialisé par Monsanto sous le nom de Posilac depuis 1994.

« (Publicité)

-          Posilac est le produit le plus étudié de l’histoire ! Vous verrez rapidement les résultats spectaculaires que Posilac peut vous offrir !

« 

  

 

En 1985, Monsanto a déposé un dossier auprès de la FDA pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de Posilac. Les experts de l’agence ont analysé les essais réalisés par la firme sur des élevages expérimentaux.

 

A la FDA, le vétérinaire en charge du dossier s’appelait Richard Burroughs. Dans une interview, il a déclaré que des officiels de l’agence ont supprimé et manipulé des données.

 

-          Les données scientifiques que la compagnie a envoyées ne prenaient pas en compte les besoins des producteurs de lait. A savoir, des questions clés comme les maladies que sont la mammite – c’est-à-dire l’infection des pis et les problèmes de reproduction.  Alors quand j’ai vu que toutes ces données manquaient, j’ai dit « eh les gars, vous devez récolter plus d’informations ». Ca les a retardés de deux ou trois ans.

 

-          Avez-vous averti la FDA de vos préoccupations ?

 

-          Petit à petit, j’ai été marginalisé. Mon chef a mis des proches sur le dossier et j’ai eu de moins en moins accès aux données y compris les choses que j’avais personnellement demandées comme les études sur la mammite. J’étais devenu un obstacle. Alors ils ont décidé de m’éliminer en me mettant au placard (mettre quelqu’un au placard = le laisser de côté). Finalement, j’ai été licencié. Un jour, on m’a raccompagné à la porte et c’était fini pour moi.

 

-          Est-ce que vous avez été menacé ?

 

-          Oui, par les avocats de Monsanto. Quand j’ai contesté mon licenciement devant la justice, ils ont dit à mon avocat qu’ils me feraient un procès si je révélais des secrets de la compagnie pour ma défense.

 

Finalement, la FDA sera condamnée à réintégrer le vétérinaire trop consciencieux qui, écoeuré, finira par démissionner.


            
Vers la partie 2/5 de ce film - cliquez là !


Publié dans : Environnement (les OGM)
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