Partager l'article ! Documentaire 2/5 "Le monde selon Monsanto" (les OGM)par Marie-Monique Robin (2008): "DOCUMENTAIRE « LE MONDE SELON ...
"DOCUMENTAIRE « LE MONDE SELON MONSANTO"
- 2ème partie - réalisé par Marie-Monique Robin
- Cette éprouvette contient de l’ADN d’une Bactérie. Il a le même aspect qu’il vienne d’une plante ou d’un animal.
- Je vois…et cela vous sert à quoi ? A avoir une plante plus forte ou une plante qui résiste…
- Dans ce cas, elle résiste à un herbicide.
- Je vois.
- Nous avons un herbicide fabuleux...
"
Au moment ou Georges Bush effectue sa visite au siège de Monsanto, il est le
vice-président de Ronald Reagan. Le mot d’ordre de l’administration républicaine c’est la « dérèglementation ». Il s’agit de favoriser l’industrie en réduisant au maximum les entraves
bureaucratiques comme les tests sanitaires ou environnementaux sur les nouveaux produits.
Et c’est justement ça le problème de Monsanto.
"
- Nous avons fait une demande au ministère de l’agriculture pour qu’on puisse tester les nouvelles plantes pour la première fois dans l’Illinois cette année.
- Nous en rêvons tous ! On continue à investir mais rien ne se passe.
- Nous ne pouvons pas nous plaindre du ministère de l’agriculture, il suit le processus normal. Il fait très attention à ces nouvelles technologies, mais si, en septembre, on n’a pas reçu l’autorisation peut être qu’on changera de ton !
- Appelez-moi, mon job c’est la dérèglementation. Je peux vous aider.
"
En 1988, Dan Kwell a pris la place de Georges Bush qui a été élu président des Etats-Unis. Quatre ans plus tard, le nouveau vice-président rend publique la politique américaine en matière d’OGM conforme aux souhaits de Monsanto.
"
26 mai 1992
- Cette décision fait partie de la seconde phase du programme présidentiel pour alléger la réglementation. Les Etats-Unis sont déjà leader mondial de la biotechnologie et nous entendons le rester. En 1991, la biotechnologie a rapporté 4 milliards de dollars. Nous tablons du 50 milliards de dollars en l’an 2000 à condition de résister à la croissance d’une réglementation inutile.
"
- Vous pensez que c’était un complot ?
- Le mot complot est un peu fort mais du point de vue de la firme disons que c’était une prise de pouvoir absolument sans faute.
- Très tôt, un certain Michael Taylor est devenu l’administrateur adjoint de la FDA. Au moment où la réglementation des OGM était rédigée.
Qui est Michael Taylor ?
Sur internet il n’y a qu’une seule image de cet homme de l’ombre. Aujourd’hui, il dirige une fondation « Ressources pour le futur ».
"
- Allo, bonjour, c’est Marie-Monique Robin.
- Bonjour, c’est Mike Taylor
- Je voudrais vous poser une question sur votre rôle à la FDA (Food and Drug Administration). Avant de travailler pour la FDA, vous étiez avocat pour Monsanto pendant 7 ans n’est-ce pas ?
- Eh bien, j’étais associé dans un cabinet d’avocats dont Monsanto était client. J’ai travaillé sur des dossiers de Monsanto, oui.
- D’après ce que j’ai lu la FDA a créé un poste spécialement pour vous : commissaire adjoint chargé de la réglementation.
- Eh bien…
- Parce que c’était un besoin spécifique lié aux OGM ?
- Ca n’avait rien à voir avec les OGM, rien du tout. Je ne suis pas l’auteur de la réglementation. C’est faux.
"
- Il est arrivé à la FDA en juillet 1991. Jusqu’à cette date, il travaillait dans le cabinet d’avocats King and Spalding. Parmi ses clients, il y avait non seulement Monsanto mais aussi IFBC, le Conseil International de la Biotechnologie et des Aliments. Il a écrit pour IFBC un document présentant la manière dont le conseil aimerait qu’on réglemente les OGM. Si vous comparez cette proposition de Michael Taylor pour l’IFBC et le texte publié par la FDA, ils sont très similaires. Si ce n’est pas lui l’auteur de la réglementation alors quelqu’un a pris son document en le modifiant légèrement avant de le publier.
- A l’époque, Monsieur Taylor était commissaire adjoint, mais c’est lui qui dirigeait le projet. Il était le chef, le leader de la réglementation, chargé de faire en sorte que le projet soit conduit à son terme.
- Monsanto a su parfaitement mener le jeu politique et légal. Ils ont joué un rôle clé dans l’autorisation de mise sur le marché de l’hormone de croissance bovine et au-delà dans la manière dont le gouvernement américain a gérer la biotechnologie.
Michael Hansen vient de parler de l’hormone de croissance bovine. De quoi s’agit-il ?
Apparemment c’est une hormone transgénique injectée aux vaches pour augmenter leur production laitière de 20 %. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne fait pas l’unanimité.
L’hormone menace notre
santé.
Le poison mortel.
Manipulation.
Baptisée RBGH – hormone de croissance bovine recombinante – le produit est commercialisé par Monsanto sous le nom de Posilac depuis 1994.
« (Publicité)
- Posilac est le produit le plus étudié de l’histoire ! Vous verrez rapidement les résultats spectaculaires que Posilac peut vous offrir !
«
En 1985, Monsanto a déposé un dossier auprès de la FDA pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de Posilac. Les experts de l’agence ont analysé les essais réalisés par la firme sur des élevages expérimentaux.
A la FDA, le vétérinaire en charge du dossier s’appelait Richard Burroughs. Dans une interview, il a déclaré que des officiels de l’agence ont supprimé et manipulé des données.
- Les données scientifiques que la compagnie a envoyées ne prenaient pas en compte les besoins des producteurs de lait. A savoir, des questions clés comme les maladies que sont la mammite – c’est-à-dire l’infection des pis et les problèmes de reproduction. Alors quand j’ai vu que toutes ces données manquaient, j’ai dit « eh les gars, vous devez récolter plus d’informations ». Ca les a retardés de deux ou trois ans.
- Avez-vous averti la FDA de vos préoccupations ?
- Petit à petit j’ai été marginalisé. Mon chef a mis des proches sur le dossier et j’ai eu de moins en moins accès aux données y compris les choses que j’avais personnellement demandées comme les études sur la mammite. J’étais devenu un obstacle. Alors ils ont décidé de m’éliminer en me mettant au placard (mettre quelqu’un au placard = le laisser de côté). Finalement, j’ai été licencié. Un jour, on m’a raccompagné à la porte et c’était fini pour moi.
- Est-ce que vous avez été menacé ?
- Oui, par les avocats de Monsanto. Quand j’ai contesté mon licenciement devant la justice, ils ont dit à mon avocat qu’ils me feraient un procès si je révélais des secrets de ma compagnie pour ma défense.
Finalement, la FDA sera condamné à réintégrer le vétérinaire trop consciencieux qui, écoeuré, finira par démissionner.
Mais ce n’est pas tout.
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Sur internet, on parle aussi de documents volés à la FDA et transmis au docteur Samuel Epstein qui dirige la coalition pour la prévention du cancer.
En 1990, le professeur Epstein a publié un article dans le Milkweed, un journal de référence spécialisé sur le lait que dirige le journaliste Pete Hardin. Un scoop basé sur des documents secrets que les deux hommes ont soigneusement épluchés.
- Un jour au bureau, j’ai trouvé une énorme boîte de documents envoyés de Washington par un expéditeur anonyme. Cette boîte contenait toutes les données des études vétérinaires que Monsanto avait fournies à la FDA depuis 6 ans. Un vrai bonheur.
- La plupart de ces documents sont des originaux avec la mention « informations internes et confidentielles » qui ne peuvent pas être reproduites, révélées ou envoyée sà l’extérieur de la société sans autorisation. C’est exactement ce qu’un journaliste d’investigations aime rendre public.
La révélation de ces informations a fait enrager Monsanto et la FDA. Nous
avons pu prouver que les
changements physiologiques observés chez les
animaux piqués avec l’hormone étaient dramatiques.
Par exemple, nous voyons que les ovaires droits des vaches qui ont reçu l’hormone
synthétique sont
34 % plus gros voire 42 % ou 44 % selon les groupes. Par ailleurs, les dossiers volés montrent
qu’il
y a de graves problèmes de reproduction chez les animaux qui
ont été traités.
" - Les données brutes sont concluantes, et elles ont été vérifiées par des scientifiques indépendants.
Tous les responsables de la santé qui ont analysé l’hormone disent qu’il n’y a aucun danger pour le consommateur.
"
Pour Monsanto, non seulement l’hormone ne pose aucun problème mais elle présente même des bénéfices pour le consommateur. Comme la composition chimique du lait n’est pas altérée par
l’usage du Posilac, ses propriétés et son goût ne changent pas.
- Ce n’est pas vrai, c’est un mensonge. C’est un produit très différent pour plusieurs raisons. D’abord, comme les vaches souffrent souvent de mammites, il y a du pus dans le lait. De plus, à cause du traitement des mammites, on trouve une grande quantité d’antibiotiques dans le lait. Enfin, on constate une importante augmentation de ce qu’on appelle l’IGF1, le facteur insuline de croissance.
Depuis les années 1980, une soixantaine d’études ont montré qu’il y avait un lien direct entre un
niveau élevé de IGF1 et les cancers du sein, du colon
et de la prostate.
Cette histoire est absolument sidérante. Y-a-t-il d’autres pays qui ont autorisé la rBGH ? Apparemment, l’hormone a été interdite en Europe et au Canada. Y compris au Canada ? Pourtant l’agence Santé Canada a l’habitude de calquer ses décisions sur la FDA ?
rBGH – Scandale à Santé Canada.
Monsanto accusé de tentative de corruption.
En octobre 1998, les trois scientifiques de Santé Canada ont témoigné devant une commission sénatoriale pour s’opposer à la mise sur le marché de l’hormone transgénique. L’affaire a été déclenchée par le docteur Shiv Chopra qui est ce qu’on appelle en anglais un whistle blower, disons un lanceur d’alerte.
- Je me demande quelle vérité je vais dire. Celle que je connais ou celle que le ministère me dit de dire. Voilà mon conflit.
- Je vous demande à tous les trois : « est-ce que certains d’entre vous ont été approchés par Monsanto ? »
- Docteur Haydon ?
- J’ai assisté à une réunion en 1989-90. Des représentants de Monsanto m’avaient rencontrée moi-même, le docteur Drennen, mon chef de service, et le docteur Messier également. La compagnie nous avait offert 1 à 2 millions de dollars. Je ne sais pas ce que c’est devenu par la suite mais je sais que mon directeur avait dit après la réunion qu’il allait faire un rapport sur cet incident à ses supérieurs.
- Comment a réagi Monsanto ?
- Monsanto n’a pas nié le fait qu’ils ont proposé deux millions de dollars lors de cette réunion. Plus tard ils ont dit : « C’était une proposition pour faire plus de recherches au Canada ou sur les vaches canadiennes. En tous cas, le résultat c’est que l’hormone transgénique n’a pas été autorisée au Canada. A la suite des révélations canadiennes, le parlement européen l’a banni pour toujours. Puis tout d’un coup, Margaret Haydon, Gérard Lambert et moi, nous avons été tous les trois congédiés pour désobéissance.
- Vous avez été licenciés ?
- Oui, nous avons été licenciés et nous avons porté l’affaire en justice.
Aux Etats-Unis, le Congrès avait également ouvert une enquête à la demande des opposants de l’hormone transgénique. Ceux-ci dénonçaient notamment l’interdiction d’étiqueter le lait selon sa provenance qui empêche les consommateurs de choisir. Mais curieusement l’enquête du Congrès n’a jamais abouti.
- L’hormone de croissance bovine représente la première application de la biotechnologie à la production d’aliments et Monsanto est une multinationale très puissante qui a beaucoup de relations au sommet de l’état. Pour le gouvernement fédéral, le développement de la biotechnologie représentait un enjeu si important qu’il a préféré ignorer ces questions disons subalternes que sont la santé des vaches ou des consommateurs.
- La raison pour laquelle la FDA a autorisé la mise sur le marché de la rBGH c’est que beaucoup d’anciens salariés de Monsanto occupaient des postes clé à la FDA. Ils ont rejoint l’agence pour faire homologuer le produit.
- C’est ce qu’on appelle les portes tournantes avec un effet de doubles hélices.
- Les portes tournantes..
- Oui, les portes tournantes.
- Il n’y a pas qu’en agriculture qu’il y a des portes tournantes. C’est dans beaucoup de secteurs.
Don Rumsfeld était le PDG de Searle qui était une filiale de Monsanto.
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- L’ambassadeur américain du commerce extérieur Mickey Kantor a fini au conseil d’administration de Monsanto. Clarence Thomas, juge à la Cour Suprême, a travaillé pour Monsanto.
Monsanto revolving doors – en français les chaises musicales
Etat des lieux non exhaustif en 1999.
Linda Fisher passe de l'EPA, agence de protection de l’environnement à Monsanto.
Michael Friedman, de la FDA à Monsanto.
Marcia Hale et Josh King, de la Maison Blanche à Monsanto.
Margaret Miller, de Monsanto à la FDA.
William Ruckelshaus, d’EPA à Monsanto.
Sans oublier Michael Taylor qui a fait plusieurs fois l’aller-retour.
" Voilà ce qu’on appelle un aveu fort
intéressant.
- Une fois terminée votre mission à la FDA, vous êtes devenu vice-président de Monsanto en charge des relations publiques ?
- Right.
- Il n’y a pas de conflit d’intérêt pour vous ?
- Non. Il y a des règles du jeu et je les ai respectées. Mais je pense que par rapport aux consommateurs, nous avons accumulé les gaffes (= les erreurs). Si on a une stratégie pour faire accepter une nouvelle technologie par le public. Le fait que la première application sur le marché soit liée au lait, dont la production dépasse déjà largement nos besoins, eh bien, ça continue à créer un climat de…
- Suspicion ?
- Oui, de suspicion…et je pense que le principe selon lequel les entreprises ne sont pas obligées de déposer une demande de mise sur le marché auprès de la FDA pour chaque nouvel OGM, comme en Europe, n’est pas satisfaisant pour les consommateurs. Je pense que le Congrès devrait changer la loi. Il devrait voter un texte assurant que la sécurité de chaque nouveau produit est véritablement évaluée par la FDA.
"
Apparemment Michael Taylor semble regretter la réglementation qu’il a signée en 1992. Qu’en pensaient les scientifiques de la FDA ?
Y-avait-il un consensus sur la réglementation des OGM ?
Des documents internes montrent que l’agence a ignoré les inquiétudes de ses propres scientifiques.
C’est signé Steven Druker.
Steven Druker est un avocat qui travaille pour une coalition d’organisations non gouvernementales. Il a porté plainte contre la FDA et obtenu la déclassification des ses archives sur les OGM.
- Nous avons reçu plus de 44 000 pages qui révèlent que la FDA ment à la planète depuis au moins 1992. Et elle continue de mentir. Elle prétend que le principe d’équivalence en substance entre les OGM et les plantes conventionnelles est appuyé par un très large consensus au sein de la communauté scientifique et que de nombreuses données scientifiques le prouvent.
Ces deux affirmations sont des mensonges flagrants.
Par exemple, le docteur Louis Pribyl du département de la microbiologie de la FDA a écrit : « Il y a une différence énorme entre les effets inattendus que peuvent produire les plantes traditionnelles et les OGM ». Puis il a ajouté que certains aspects de la manipulation génétique pourraient être plus dangereux.
L’inquiétude exprimée par les experts de la FDA était si importante que le docteur Linda Kahl de la FDA qui était chargée de suivre et de synthétiser leurs avis a écrit un compte-rendu au coordinateur de la biotechnologie de la FDA, le docteur James Maryanski.
- Selon les documents internes de la FDA qui ont été rendu publics, il y avait beaucoup de scientifiques de la FDA qui n’était pas d’accord avec la réglementation proposée. Par exemple, j’ai ici un mémo que Linda Kahl vous a envoyé.
- Elle dit : « Les processus de manipulation génétique et de croisements traditionnels sont différents. Et selon les experts de l’agence : « Ils conduisent à des risques différents ».
- C’est vrai que nous avions des opinions très divergentes au sein de l’agence. C’est ce que Linda Kahl résume dans son mémorandum. Mais quand nous avons fini d’écrire la réglementation, tous les scientifiques étaient d’accord. Bien sûr que la FDA s’était penchée sur l’usage de la manipulation génétique mais elle n’avait aucune information qui indique que la technique elle-même puisse créer des produits qui soient différents en termes de qualité ou de sécurité.
- Avant que les scientifiques de la FDA fassent part de leurs inquiétudes, l’agence avait reçu un signal d’alerte très clair. En effet, le premier additif alimentaire manipulé génétiquement et mis sur le marché américain avait provoqué une grave épidémie.
- Vous souvenez-vous de ce qui s’est passé avec le L-tryptophane en 1989 ? C’était un acide aminé génétiquement manipulé – à priori nous connaissons très bien les acides aminés ?
- Il a tué des dizaines de personnes et rendu malades des centaines d’autres.
- Il a provoqué l’épidémie d’une maladie inconnue appelée EMS ?
- C’est vrai
- Combien de gens sont morts ?
- Oui, oui mais nous avons beaucoup…
- 37 et plus de 1000 handicapés, vous souvenez-vous ?
- Je m’en souviens oui
- Selon un document de la FDA, vous avez dit « nous ne savons pas quelle est la cause de l’EMS mais nous ne pouvons pas éliminer l’hypothèse qu’elle soit due à la manipulation génétique. » Est-ce que vous avez dit ce que j’ai lu ?
- Oui
Incroyable, James Maryanski n’excluait pas que la manipulation génétique puisse entraîner des effets inattendus mais il n’a pas bougé le petit doigt.
Y-a-t-il des scientifiques indépendants qui ont travaillé sur cette question capitale pour les consommateurs ?
Arpad Pusztai, un scientifique de renom perd son travail après avoir exprimé ses inquiétudes sur les OGM. C’était en 1998. Arpad Pusztai travaillait pour l’institut Rowett en Ecosse et il avait dirigé une étude sur des pommes de terre transgéniques à la demande du ministère de l’agriculture. Un budget de plus de 2 millions d’euros qui avait mobilisé 30 chercheurs pendant 2 ans pour préparer l’arrivée des OGM en Grande-Bretagne.
- Nous étions tous enthousiastes. J’étais enthousiaste. Le ministère pensait que si nous faisions cette étude en examinant tous les aspects, cela constituerait un soutien en faveur des OGM. Au moment de lancer les produits sur le marché, il pourrait dire que le meilleur laboratoire européen de nutrition avait trouvé qu’il n’y avait pas de problème.
Arpad Pusztai est spécialiste des lectines, ce sont des protéines qui ont une fonction insecticide et protègent les plantes contre les pucerons. Les scientifiques du Rowett Institute ont créé des pommes de terre résistantes aux pucerons dans lesquelles ils ont introduit un gène provenant d’un perce-neige qui fabrique la fameuse lectine. Auparavant, ils avaient vérifié qu’à l’état naturel les lectines ne sont pas dangereuses pour la santé.
Les pommes de terre transgéniques ont été testées sur des rats.
- Nous avons constaté deux effets. D’abord une prolifération des cellules dans l’estomac et cela n’est pas bien – je ne dis pas que c’est cancéreux mais cela peut faciliter le développement de tumeurs causées par des produits chimiques.
De plus, le système immunitaire de
l’estomac était en surchauffe. Je ne sais pas si cela est bon ou
mauvais mais en tous cas l’organisme traitait ces pommes de terre comme des corps étrangers.
Nous étions convaincus que c’était la manipulation génétique qui était à
l’origine du problème et
pas le gène de la lectine, parce que nous l’avions testé tout seul à une concentration 800 fois plus
élevée et il ne faisait pas de mal.
C’était très important parce que la FDA parlait, à l’époque, d’une
technologie neutre. Nous avons dit et
publié que ce n’était pas le gène en soi qui était
le problème mais la technique d’insertion.